Michel Fernandez Quartet /Futura Marge/Distribution

Disques Futura et Marge
Productions Gérard Terronès
33 (0) 1 40 09 20 76
33 (0) 6 31 25 52 01
futuramarge@free.fr
http://futuramarge.free.f

Gérard Terronès un libertaire du jazz s'en va.

LIBERATION

 

 

GÉRARD TERRONÈS, UN LIBERTAIRE DU JAZZ S’EN VA

Par Jacques Denis 17 mars 2017 à 17:59

Après Jean Karakos et Pierre Barouh, c’est au tour de Gérard Terronès, fondateur des Disques Futura et l’un des plus grands producteurs de jazz en France, de nous quitter. Hommage.

Décidément, cela commence à devenir une mauvaise manie : après Pierre Barouh et Jean Karakos, un autre producteur français, symbole de l’indépendance des années 70, s’en est allé. Gérard Terronès, c’était une allure mince, et un chapeau à bords droits, qu’il ne quittait jamais et sous lequel se cachait un amoureux de jazz aux multiples casquettes : il fut aussi chroniqueur, disquaire, programmateur et ainsi de suite, pourvu que ça swingue dru…

Au mitan des années 60, il s’illustre en créant des clubs qui entreront dans la légende – Blues Jazz Museum, le Totem, Gill’s Club – où l’on peut écouter des pianistes comme Georges Arvanitas, Mal Waldron et Siegfried Kessler. Disparus dans les années 2000, ces trois-là résumaient l’ouverture d’esprit de ce producteur que l’on a voulu un peu vite ranger sous l’étiquette free jazz.

Albums de chevet

La nouvelle chose («the new thing»), Gérard Terronès y aura consacré beaucoup d’énergie, notamment avec ses labels Futura et Marge. Derrière le nom, on pressent déjà une large part des enjeux. Mais il aimait le jazz, dans ce que le pluriel a de singulier. Dans les catalogues de ces deux maisons qui vont marquer les années d’après 1968, on trouvera des Américains et des Européens, des tenants de la tradition et des qui comptaient alors tout bousculer. Les lister reviendrait à refaire une histoire du jazz, et ensuite.

Gardons en tête deux albums de chevet, parmi tant : Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer, de Jacques Thollot, et Alors !!! de Michel Portal. Deux recueils qui auront leur importance pour la jeune génération. «C’est parce qu’on a vu faire Gérard qu’on a eu l’idée !» résume Jean Rochard, producteur qui s’inscrira – à sa façon – dans ce sillon. «Et il a essaimé partout où il pouvait…»

Peu de promo, beaucoup de désir

Dans des clubs chics ou dans des squats, pour le festival de Massy, avec Ornette Coleman en version symphonique, au Palais des glaces pour un épique concert de l’Attica Blues Big Band d’Archie Shepp, dans les années 80 au Jazz Unité à La Défense ou encore au théâtre Dejazet, alors piloté par la Fédération anarchiste (FA). La FA, c’était une autre des casquettes de cette âme sensible : pendant plus de trente ans il aura animé une émission sur Radio libertaire, intitulée Jazz en liberté. Tout un programme ! Il pouvait y passer des coups de gueule, il y transmettait surtout ses coups de foudre. Peu de promo, beaucoup de désir. Parce que c’était ça, sa vie, la musique, en laquelle il croyait. Jusqu’au bout, malgré les tracas financiers (le goût du risque), les inimitiés (le risque du métier, bis) et les pépins de santé (le risque des vies consumées).

 

Ces dernières années, il était encore à l’action pour des soirées à la Java, tout en produisant des disques : en atteste en 2016 un très beau disque du quintette de la pianiste Sophia Domancich, en 2017 un disque lumineux du quartette du saxophoniste Michel Fernandez. Tenace, coriace, l’homme cultivait sa divergence avec le temps qui passe, refusant même longtemps les avances pour faire de belles rééditions au format d’origine. Sans doute parce que l’idéal pour lui, comme d’ailleurs pour les deux autres précités qui l’ont précédé dans la tombe, c’était d’avancer, devant, debout, histoire de rester vivant

Brazza Cry Michel Fernandez Quartet

Disques Futura et Marge

Production Gérard Terronès

Juin 2017

Disques Futura et Marge
Productions GérardTerronès     
              

 

 

crédits photos:

Pascal Dérathé

Gérald Bortoluzzi

Géo

Léa Fernandez